Miroir De Vie: Les Jeunes Au Chevet Des Plus Démunis

Par Cheikh Ahmed Tidjane BA

Quand les vicissitudes de la piètre vie sèment le désarroi et l’embarras dans certains âmes fragiles, il y a toujours ceux qui sont là pour peindre le décor. Coin de la vie où le riche et le pauvre s’emmêlent, barons et fakirs s’exposent dans une effervescence diurne qui offre au spectateur le décor idéal. Des silhouettes furtives dans un jeu d’ombres évanescent faisaient perdre à la vision sa lucidité. Hommes, femmes et enfants s’adonnaient à de multiples occupations à raison de raviver leur part dans le trésor du cocon familial. Dakar est, par conséquent, le réceptacle de ces personnes qui se lèvent quand le soleil vagit et qui se soucient naturellement de leur condition d’épanouissement. De part et d’autre, malgré la précarité de la vie, rêver ensemble devient une manière de s’entre-aider et de prôner une solidarité longtemps chanté dans le pays de la Téranga.

Au revers du décor offert par le quotidien, la vue des hommes transcende les règles de la nature paisible et le maintien de l’harmonie, car vivant la vie à l’envers. Peignant leur vécu du coté verso, ils vadrouillent dans les rues, en quête perpétuel de liberté et d’espoir sinueusement arrachés par le système. La pauvreté, source des malheurs et de tristesse fait que le ramadan arrache certaines familles de leur torpeur. En effet, cette peur donne naissance aux âtres de l’espoir. Des feux qui réunissent des gens socialistes, désireux de partager le peu de choses que la vie leur offre comme biens: denrées, habits et autres nécessités. Ces jeunes allument et attisent les feux de l’espoir à travers la quête de fonds charitables auprès des passants, passagers et autres autorités. Les biens qu’ils réunissent sont redistribués aux plus nécessiteux dans une ambiance harmonieuse. Pendant le mois béni du ramadan, ces dons sont organisés dans chaque coin de rue des quartiers. Devenus une tradition, c’est le symbole du partage et de l’essence pieuse de cette belle communauté. Le café, premier produit partagé est préparé avec soins et piété. Par inspiration au ” baay faal” de Touba, qui en ont fait leur boisson favori, ils se regroupent dans des ”kourel” (section), prenant chaque quartier comme secteur à alimenter.


Ici au quartier ”Baye Laye” de Guédiawaye, ces jeunes ne sont pas en reste. Trouvés au fond d’une ruelle, chacun s’active à faire de la séance de dons journalière, une réussite. Par réussite, ces jeunes laissent entendre une bonne distribution de café à tous les habitants du quartier, du plus petit au plus grand, sans reste. Une solidarité nourrie par une dizaine de jeunes gens qui se dénomment ”eukhlou café gui”. Sous une ambiance qui laissait croire à des scouts en survie dans la forêt, chacun s’engage dans un rythme effréné. Quand les uns cherchent du bois pour allumer et attiser le feu, d’autres arpentent les routes, calebasse à la main, frôlant et quémandant à chaque voiture et à chaque passant de quoi acheter les nécessités pour concocter le boisson idéal. Khalifa, 25 ans, bénévole, nous explique : « les sommes recueillis, tantôt recueillis sont variables, je peux avoir jusqu’à 5000 F Cfa maximum par jour. Mais dés fois, on n’en a même pas assez pour acheter du café. Dés lors, ce sera à nous de cotiser pour combler les manques », dit-il avec un ton désolant. Heureusement qu’au Sénégal, la solidarité est d’une valeur inégale. Des bonnes volontés s’enquièrent de mettre de l’argent à leur disposition. Des sommes en guise de participation, leur sont offertes comme soutien mais pas régulièrement. Cela fait 5 ans qu’ils font ces dons et chaque année est une nouvelle expérience pour eux. Selon Doudou Diagne, le Chef de file, « même après le ramadan, nous faisons des requêtes aux autorités pour alourdir notre caisse afin de multiplier nos dons ». Pour lui et son équipe, le pire c’est de faire des dons sans que tout le monde soit servi : « il arrive que certains ne soient pas servie, ce qui nous laisse gênés, parce qu’on ne sait pas quoi lui dire. Raison pour laquelle, on exige une organisation minutieuses de nos recettes pour une distribution équitables », ajoute t-il un peu crispé.

Pendant ce temps d’autres se chargeront de mettre les ustensiles et marmites sur place. Aux coups de 17h, une fois assez de pièces réunies, les dépenses sont réglées : du café et du sucre, quelques miches de pain avec du beurre ou du chocolat sont au menu. Le reste de l’argent est mis à la caisse pour prévoir les dépenses de demain. Une fois la préparation finie, chaque habitant disponible du quartier, se succédant dans un fil continu, avec toutes sortes de récipients susceptibles de contenir la part de la famille. Ainsi chacun est servi à sa guise avec la quantité qui lui convient. Le jeune homme, de retour à la quête essaie de régler les crises dans les rangs en mettant à la disposition de certains nerveux, un bout de pain beurré. La distribution dure assez pour que chacun reçoive sa part avant l’heure de la rupture. Mame Fatou Niang, une dame récipiendaire, nous décrit sa réjouissance par rapport au bénévolat : on doit les aider, parce que c’est important ce qu’ils font. Qui sait, cela pourrait devenir plus tard une très grande organisation à l’instar de « Marmites du Cœur » ou « Servir Le Sénégal ». Et ce ne sera qu’optées pour la société. Ce sont des personnes de bons cœurs qui ont opté pour la solidarité et le patriotisme. Donc, je pense qu’ils devraient être plus motivés par les autorités et bonnes volontés”.
Dans un brouhaha incessant, le fil se réduit peu à peu et chacun repart avec un sourire aux lèvres. Maintenant, place aux bénévoles qui, réunis autour du feu pour profiter du peu de chaleur que le vent frais les dérobe, ils discutent tout en prenant leur part du ndogou(la rupture). Si certains sculptant le ciel parfois en espérant que demain sera meilleur qu’aujourd’hui, d’autres se réjouissent pleinement de leurs actes charitables. Un spectacle qui n’avait rien d’évident. Et qui, notamment reflète la solidarité de cette communauté, à majorité pauvre. Car disent-ils : ”le ramadan est un mois de promotion, tout bon acte sera récompensé par le Bon Dieu avec des bonus donc, mieux vaut en profiter. Nous, on fait de notre mieux, et on espère pouvoir faire encore plus pour assurer à tout le monde sa ration de rupture.

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Le ramadan est une occasion pour ces derniers, de ressasser leurs manquements à leurs obligations et de s’engager à les combler. Cette idéologie qu’ils résument à travers leur slogan : «Amoul Xébaaté » (en wolof, on ne minimise personne), comme pour dire que chacun à sa place dans cette société, le riche comme le pauvre. L’égalité des chances est un droit pour tous.

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